Acétates
- Chimie et Technologie
- H. Dézé
- Encyclopédie moderne
Acétates. Sels formés par la combinaison de l’acide acétique avec les bases.
Tous les acétates sont solubles et ordinairement à un haut degré. Il n’y a d’exception que pour ceux d’argent et de protoxyde de mercure : les sels de ces deux bases donnent un précipité quand on y verse un acétate en dissolution concentrée.
La chaleur décompose tous les acétates : le principal produit de la décomposition est de l’acide acétique, ou de l’acétone, ou un mélange d’acide acétique et d’acétone ; le métal libre ou à l’état d’oxyde, quelquefois de carbonate, forme le résidu de l’opération.
On reconnaît facilement les acétates à l’odeur de vinaigre qu’ils dégagent, quand on les traite par l’acide sulfurique.
Acétate d’ammoniaque (Esprit de Mendererus). On le prépare en saturant le carbonate d’ammoniaque par l’acide acétique.
Il est employé en médecine.
Acétate de soude. On peut l’obtenir, comme le précédent, en traitant le carbonate de soude par l’acide acétique : mais le prix assez élevé du carbonate de soude rend le procédé dispendieux. Dans la fabrication de l’acide pyroligneux, où la préparation de l’acétate de soude est indispensable à la purification de l’acide, (Voyez : Acide acétique) on remplace le carbonate de soude par le sulfate, auquel on ajoute du carbonate de chaux. Après avoir chauffé et concentré la dissolution d’acide pyroligneux, on y met du sulfate de soude, puis de la craie ; il se forme alors de l’acétate de soude et du sulfate de chaux qui se précipite.
Ce sel cristallise très facilement. Il est assez stable ; on peut le chauffer jusqu’au rouge obscur, sans le décomposer.
Acétate d’alumine. Ce sel est déliquescent et très soluble ; on ne peut l’obtenir cristallisé. L’action de la chaleur en sépare facilement l’acide acétique.
On le prépare en mélangeant des dissolutions d’alun et d’acétate de plomb, il y a double décomposition des sels : le sulfate de plomb se précipite, et l’acétate d’alumine reste dans la liqueur. L’acétate d’alumine est très employé en teinture, et surtout dans la fabrication des toiles peintes. On l’a substitué, dans beaucoup de cas et avec avantage, à l’alun ordinaire, dont l’alumine se sépare plus difficilement. (Voyez : Teinture).
Acétate de peroxyde de fer. Ce composé est, comme le précédent, d’un fréquent usage en teinture, où il a remplacé presque généralement le sulfate de fer. Il a, sur ce dernier, l’avantage de ne pouvoir nuire aux tissus par l’excès de son acide ; en outre, il cède sa base avec plus de facilité.
Pour le préparer, on verse de l’acide pyroligneux sur des copeaux de fer, placés dans un tonneau à double fond et muni d’une chantepleure à sa partie inférieure. Bientôt l’eau est décomposée et des bulles d’hydrogène se dégagent : de temps en temps, on remet dans le tonneau l’acide qui s’est écoulé par la chantepleure, et, au bout de trois ou quatre jours, l’acide pyroligneux est complètement transformé en pyrolignite de fer. La dissolution obtenue, et convenablement concentrée, porte, dans le commerce, le nom de Bouillon noir.
L’acide pyroligneux qu’on emploie dans cette opération doit avoir été purifié préalablement.
La décomposition de l’acétate de chaux par le sulfate de fer peut fournir aussi l’acétate de fer. Ce sel est très soluble dans l’eau. Il se décompose avec une extrême facilité.
Acétates de cuivre. Il existe un grand nombre d’acétates de bioxyde de cuivre ; mais deux seulement, l’acétate neutre et l’acétate bibasique, sont employés dans les arts.
Acétate neutre. (Cristaux de Vénus, verdet cristallisé). Il cristallise en prismes rhomboïdaux d’un très beau vert, contenant l’équivalent d’eau. Soumis, dans une cornue, à l’action de la chaleur, il se décompose ; perd d’abord son eau de cristallisation, puis de l’acide acétique très concentré, (Voyez : Acide acétique), un peu d’acétone et enfin une substance blanche qui paraît être l’acétate anhydre. Il y a, en même temps, dégagement d’acide carbonique, et il ne reste dans la cornue que du cuivre métallique, avec quelques traces de charbon.
La facilité avec laquelle l’acide acétique se sépare de l’acétate de cuivre donne lieu à un phénomène remarquable. Si on dissout le sel dans l’eau, et qu’on le chauffe en ayant soin qu’il ne se dessèche pas, la décomposition se produit : l’acétate devient de plus en plus basique, en perdant des quantités de plus en plus grandes d’acide acétique, et il ne reste à la fin de l’opération que de l’oxyde de cuivre.
Quand on ajoute du sucre à une dissolution d’acétate de cuivre et qu’on fait bouillir, on obtient un précipité cristallin de protoxyde de cuivre, parfaitement pur.
On prépare l’acétate neutre en dissolvant, à l’aide de la chaleur, l’acétate bibasique ou vert de gris dans l’acide acétique. La dissolution, convenablement concentrée, est soumise à l’évaporation, dans des vases où l’on a disposé un assemblage de petits bâtons, sur lesquels les cristaux se déposent. C’est ainsi qu’on obtient l’acétate connu dans le commerce sous le nom de vert en grappes. Ce sel a maintenant peu d’usages : on ne l’emploie guère que pour la fabrication du vinaigre radical.
Acétate bibasique. (Vert-de-gris). Ce sel est pulvérulent et d’une couleur verdâtre. Il ne faut pas le confondre avec le vert-de-gris qui se forme, par l’action de Pair humide, sur les vases de cuivre : celui-ci est un carbonate de cuivre. Pour préparer l’acétate bibasique, on dispose, par couches alternatives, des feuil» les de cuivre et du marc de raisin dans lequel la fermentation acide a commencé à se développer. L’acide acétique détermine l’oxydation du cuivre et par suite la production du sel, Au bout de quelques jours, on retire les lames de cuivre couvertes d’acétate ; on les mouille et on les expose à l’air, pendant un mois environ. Le sel formé est alors détaché des lames, afin de pouvoir remettre le cuivre non attaqué en contact avec le marc. Une dernière opération est nécessaire pour donner au vertde-gris la forme sous laquelle on le verse dans le commerce. Elle consiste à le presser dans des sacs de peau que l’on retourne en divers sens jusqu’à ce qu’il ait acquis une certaine cohésion. Il est alors en pains cubiques.
Le cuivre qu’on emploie le plus souvent dans cette fabrication provient du doublage des vaisseaux. Avant de le soumettre à l’action du marc, on le mouille avec une dissolution de vert-de-gris : cette préparation accélère l’attaque du cuivre.
C’est principalement à Montpellier que se fabriquent ces deux produits : on les obtient par la méthode que nous venons de décrire. Dans d’autres contrées, on remplace l’action du marc de raisin par celle du vinaigre.
Ces deux sels sont vénéneux, surtout l’acétate neutre.
Acétate de plomb. On connaît trois acétates de plomb. L’acétate neutre et l’acétate triba sique sont les seuls qui offrent de l’intérêt.
Acétate neutre (Sel de Saturne). Ce sel cristallise en prismes à quatre pans terminés par des sommets dièdres ; ses cristaux sont d’un beau blanc et contiennent 3 équivalents d’eau. Ils sont efflorescents.
Soumis à l’action de la chaleur, il se comporte comme l’acétate neutre de cuivre.
Il dissout la litharge.
De tous les procédés qu’on peut employer pour préparer ce sel, le meilleur consiste à traiter la litharge par l’acide acétique pur. L’opération s’exécute dans des chaudières de cuivre étamé : on y met la litharge avec un petit excès d’acide, et la dissolution a lieu facilement à l’aide de la chaleur. La liqueur est ensuite concentrée, et le sel cristallise par refroidissement.
On peut aussi, dans cette préparation, employer le plomb métallique. Réduit en petits fragments mouillés avec du vinaigre, le plomb passe à l’état d’oxyde par l’exposition à l’air. Il ne reste plus alors qu’à dissoudre l’oxyde formé dans l’acide acétique, et l’opération s’achève comme la précédente.
L’acétate de plomb a dans les arts des usages importants : on s’en sert, comme nous l’avons dit, pour préparer l’acétate d’alumine ; il est aussi employé en médecine.
C’est un poison violent.
Acétate tribasique (Extrait de Saturne). Ce sel cristallise en lames opaques et blanches. Il est soluble, mais moins que le précédent : sa dissolution a une réaction alcaline.
L’acide carbonique y produit un précipité de carbonate de plomb.
On l’obtient en chauffant, avec de Peau, un mélange d’acétate neutre de plomb et de litharge en poudre fine. La dissolution doit être ensuite filtrée et concentrée.
Quelquefois on le prépare en sursaturant le vinaigre par l’oxyde de plomb.
L’acétate tribasique est employé en grand pour la fabrication du carbonate de plomb.