Affaire

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  • Encyclopédie moderne

Affaire. Le terme affaire, de même que le terme action, peut s’appliquer à tous les chocs plus ou moins importants qui ont lieu entre deux corps plus ou moins nombreux de troupes ennemies. Ainsi, on dira d’un homme qui a souvent assisté à des batailles sanglantes et à des sièges mémorables, qu’il s’est trouvé à beaucoup de chaudes affaires. Cependant, le plus souvent, les affaires sont de très petits combats, de simples engagements, des chicanes qui ont pour théâtres des pays inégaux et coupés. D’ordinaire, le gros de l’armée n’y participe pas, et elles ont pour but la possession d’un poste, d’un emplacement avantageux, d’un point capital. On attaque ou l’on défend l’entrée d’une gorge, le passage d’un défilé, les abords, de certains côtés d’une forteresse. Les affaires, quand il s’agit d’attaquer un lieu fermé, ont habituellement lieu en colonne ; au contraire, celles de plaine s’exécutent en bataille, c’est-à-dire que la cavalerie forme l’avant-garde et l’arrière-garde, et que l’artillerie garnit les éminences et le front. Le succès des unes et des autres dépend en général de l’à-propos, avec lequel la troupe assaillante occupe des points qui puissent donner sur la troupe assaillie des flancs et des revers.

Le maréchal de Saxe prétendait réduire la guerre à des affaires, et conseillait aux Français notamment d’éviter les batailles. Certes, par un tel conseil, il accusait ou l’indiscipline de son armée, ou son peu d’habileté en tactique ; car, outre qu’on ne regarde plus l’art de la guerre comme susceptible d’être renfermé dans des principes absolus, notre histoire militaire de ces cinquante dernières années prouve surabondamment que les Français peuvent se risquer à des batailles rangées. Frédéric II disait s’être fait une loi d’éviter les affaires, et, contrairement à l’avis du maréchal de Saxe, Bonaparte, qui a livré et gagné les batailles d’Arcole, de Rivoli, de Marengo, d’Austerlitz, d’Iena, d’Essling, et tant d’autres, semble avoir tout à fait partagé l’opinion de Frédéric.