Affusion
- Médecine
- A. Le Pileur
- Encyclopédie moderne
Affusion. L’affusion consiste à verser d’une hauteur variable sur la surface du corps une certaine quantité d’eau. Les affusions chaudes sont rarement employées ; c’est aux affusions froides que se rapportera ce que nous dirons de ce moyen thérapeutique. La température des affusions varie de 12° à 25°.
Plusieurs passages d’Hippocrate prouvent que les affusions étaient connues et employées avec succès par les médecins grecs. Les auteurs latins et arabes en parlent peu et ce moyen resta longtemps dans l’oubli chez les modernes. Suivant Kœmpfer (1712), on l’employait à Java dans le traitement de la rougeole ; d’autres auteurs proclamèrent bientôt ses avantages, et il fut admis dans la pratique.
Chez les anciens, comme depuis, ce fut presque toujours contre des maladies caractérisées par le trouble des fonctions nerveuses que les affusions furent employées. Cependant, à l’exemple des médecins de l’Inde, les Anglais ont préconisé les affusions comme moyen de déterminer l’éruption de l’exanthème dans la rougeole et la scarlatine. Cette pratique, effrayante au premier abord, compte de nombreux succès, et nous semble précieuse pour certains cas où les autres moyens sont épuisés.
On cite des cas de succès par les affusions dans des névralgies externes ; Hippocrate et d’autres auteurs citent des guérisons d’entéralgie obtenues parce moyen. La goutte, le rhumatisme, le tétanos et plusieurs autres affections de genres différents ont, au dire des auteurs, cédé à ce moyen. Aujourd’hui M. Foville emploie avec succès à Charenton les affusions à 20° dans la période aiguë de l’aliénation mentale ou dans les exacerbations qui surviennent chez les aliénés après quelque temps de calme.
C’est encore parmi les affusions qu’il faut ranger la douche écossaise, qui consiste à faire tomber en pluie sur le corps nu et ordinairement debout une certaine quantité d’eau. Ce moyen réussit à merveille dans certaines affections nerveuses qui presque toujours participent de la chlorose. Enfin, le bain de mer à la lame n’est autre chose qu’une affusion, et c’est sans contredit un des moyens les plus puissants contre une foule de maladies, et notamment contre les scrofules, la chlorose et les désordres qui en sont la conséquence. La durée des affusions est limitée suivant les indications particulières observées par le médecin. C’est dans le paroxysme et non dans la rémission qu’il convient de les employer. Les affusions sur la tête pendant le bain amènent souvent d’excellents résultats, notamment dans les maladies des enfants.
Le mode d’action des affusions est complexe. Sédatif puissant du système nerveux dans la manie aiguë, peut-être n’agissent-elles pas seulement ainsi dans le typhus et dans les affections qui peuvent se rattacher au καύσος ; d’Hippocrate. Ce n’est pas non plus comme sédatif qu’elles réussissent contre les scrofules ou quand elles déterminent l’éruption de la rougeole. Ne faut-il-pas leur reconnaître une action physique sur le sang, l’excitateur universel de l’économie, et ne peut-on pas admettre qu’en tonifiant puissamment le système musculaire et y faisant affluer le sang par réaction, elles agissent dans certains cas sur le système nerveux, comme révulsifs ? Nous ne prétendons pas leur refuser une action directe sur le système nerveux ; mais ici comme toujours, nous croyons qu’il ne faut pas envisager la question d’un seul côté.
On a voulu dans ces derniers temps fonder toute une théorie médicale dans laquelle les affusions figurent comme élément essentiel ; nous en parlerons au mot Hydrothérapie.