Agences
- Économie politique
- J.-P. Pagès
- Encyclopédie moderne
Agences. Administration de certaines affaires ou des affaires de certains individus. Ce mot a longtemps appartenu à la police ecclésiastique et à la diplomatie.
Agences ecclésiastiques. Le clergé de France avait, sous l’ancienne monarchie, deux sortes de réunions. Dans l’une, appelée assemblée du contrat, il renouvelait, après les décisions relatives à la foi ou à la discipline, le contrat par lequel il s’était engagé à payer à l’État des subsides et décimes. Il nommait ensuite deux agents généraux chargés de surveiller la levée et l’emploi de ces dons volontaires, d’empêcher qu’il ne fût porté atteinte aux privilèges du sacerdoce, et enfin de proposer au gouvernement tout ce qui pouvait accroître la splendeur de la religion. La seconde réunion, connue sous le nom d’assemblée des comptes, entendait les rapports des agents généraux, et vérifiait la recette et l’emploi des dons gratuits. Ces agents, qui se disaient chargés des intérêts de l’Église gallicane, n’exerçaient, comme on voit, que des fonctions subalternes ; aussi n’étaient-ils pris ordinairement que dans le second ordre du clergé. Leurs fonctions duraient cinq ans et leur donnaient le privilège de présence ; c’est-à-dire que, vivant à la cour, ils étaient censés présents à leurs bénéfices et en percevaient les revenus. Ces agences ont été détruites par la révolution, qui, en assujettissant les biens du clergé aux impôts ordinaires, les a rendues inutiles. Toutefois le spirituel paraissait être le motif dominant de ces assemblées et de ces agents ; ce motif subsiste toujours, et l’intérêt de l’Église semblerait demander que le clergé de France fit pour la foi dépouillée des biens terrestres ce qu’il faisait jadis pour ses biens temporels unis à ses privilèges politiques.
Agences diplomatiques. La diplomatie reconnaissait aussi de nombreuses agences. Les grandes puissances accréditaient des agents auprès des petits princes, auxquels elles ne pensaient pas devoir les honneurs de l’ambassade ; et les petits princes en envoyaient-aux grandes puissances, auprès desquelles leur pauvreté ne leur permettait pas d’entretenir des ambassadeurs. Aujourd’hui ces agents, facteurs, résidents, consuls, n’ont qu’une mission spéciale. Ils sont sous la protection du droit des gens ; mais, ne représentant point leurs souverains, ils ne jouissent point des privilèges attachés aux ambassadeurs. Les gouvernements envoient cependant des agents non accrédités même dans les pays où ils ont des ambassadeurs ; ce sont des espions incognito, chargés de surveiller les diplomates avoués : ici l’espionnage n’est que honteux ; mais il peut devenir funeste, lorsqu’on adresse ces agents publics ou secrets aux puissances qui ne sont pas encore assez affermies pour qu’on veuille les reconnaître. Alors les titres diplomatiques ne sont qu’une protection qu’on accorde aux inimitiés extérieures, et l’on ouvre un laboratoire inviolable aux discordes et aux conspirations.
Agences d’affaires. Dans l’ordre civil il existe aujourd’hui un nombre infini d’agences. On peut les diviser en publiques et en particulières. Je donne le nom de publiques à celles dont l’existence est reconnue et sanctionnée par le gouvernement. Elles prennent ordinairement le nom d’assurances ; on distingue les assurances maritimes, commerciales, d’épargne et de prévoyance, contre l’incendie, sur la vie, etc., etc. Celles-ci offrent des chances qu’il est possible d’évaluer, parce que leurs données sont fixes et leur base connue ; ainsi nous traiterons au mot Assurances de leurs promesses apparentes et de leurs résultats réels et véritables.
Il n’en est pas ainsi des agences particulières, plus spécialement connues sous le titre d’agences d’affaires. Il en est qui offrent une garantie vraie et assurée dans la moralité des chefs de l’établissement, dans les capitaux qu’ils consacrent au succès de leur entreprise, dans l’économie des frais administratifs, dans la régularité de leur gestion, dans la prudence des placements et des spéculations, dans le zèle à poursuivre les affaires dont on est chargé ; mais il en est d’autres qui n’offrent aucune sécurité, parce qu’elles n’ont pour objet unique que le bénéfice de l’agent, et qu’elles ne sont que de véritables impôts levés sur la crédulité publique. Elles n’ont qu’un intérêt particulier, malgré le plâtrage d’intérêt général dont on a soin de les recrépir. Il est impossible de traiter avec fruit des agences particulières, 1° parce qu’elles sont susceptibles d’autant de combinaisons qu’il est d’objets sur lesquels on peut spéculer et de manières de capter la confiance ; 2° parce que les chances dépendant en entier de la loyauté, de la capacité et de la volonté de l’agent, il est impossible de les évaluer ; 3° parce que la seule garantie qu’elles offrent est la moralité de l’agent, et qu’ainsi tout se réduit à une question personnelle que les clients peuvent seuls résoudre.
Aussi les agences d’affaires, n’étant soumises à aucune règle fixe et connue, ont donné lieu à des plaintes multipliées. Il serait à désirer qu’une loi s’occupât de cette intéressante question ; mais il est à craindre qu’en voulant donner des garanties au public, elle ne viole sa confiance, et ne porte atteinte à la liberté du commerce et de l’industrie.