Aiguiserie
- Technologie
- Charles Renier
- Encyclopédie moderne
Aiguiserie. Une aiguiserie est une usine où on aiguise des lames d’instruments tranchants, et où on polit certaines pièces de quincaillerie. Ces deux opérations se font sur des meules en pierre et sur des meules en bois, qui sont mues par une machine à vapeur, une roue hydraulique ou un manège. Les meules en pierre servent à dégrossir ; elles sont ordinairement en grès ou en granit tendre. Elles marchent sans eau et font jusqu’à cinq cents tours par minute. Les meules en bois servent à finir l’ouvrage. Ce sont de véritables poulies dont la jante, à sa surface extérieure, est couverte d’une couche d’émeri variant de grosseur selon la finesse de l’ouvrage qu’on veut obtenir et qui y est retenu par un enduit de colle forte. Leur vitesse doit être plus grande encore que celle des meules en pierre ; ou les mouille ordinairement avec de l’huile.
Quand les pièces à polir sont petites au point qu’il est difficile de les tenir entre les doigts, l’ouvrier les ajuste dans un morceau de bois commode à tenir, et où elles sont fixées invariablement, de manière qu’elles conservent bien, pendant le travail, la position qu’on a voulu leur donner. Quand la meule est sèche, les pièces s’échaudent, et l’ouvrier est alors obligé de les plonger dans l’eau ; car cet échauffement a de très graves inconvénients, notamment celui de détremper les pièces trempées.
C’est à l’aiguiserie que se façonnent les lames de sabres, les baïonnettes, les canons de fusils, les lames de scies, et que s’appointent les aiguilles, les épingles, les pointes de Paris, etc.
Les ouvriers aiguiseurs sont sujets à de très graves maladies de poitrine, causées par l’aspiration de la poussière qui résulte de l’usure des métaux qu’ils polissent et de l’émeri de leurs meules ; cependant on voit dans quelques aiguiseries une disposition qui les protège très efficacement contre ces accidents et qu’on devrait rencontrer dans toutes les usines de la même nature ; c’est un ventilateur qui envoie du vent par des tuyaux près de toutes les meules, et qui éloigne la poussière, des ouvriers de manière qu’ils ne puissent pas la respirer. Ce n’est pas d’ailleurs le seul danger attaché à cette profession : il arrive souvent que des éclats se détachent des meules par la rapidité de la rotation, et même que les meules se brisent entièrement. On comprend la gravité des accidents qui en résultent presque toujours. Le seul moyen d’y remédier serait d’employer les grandes meules de préférence aux petites, parce que la force centrifuge, qui est inversement proportionnelle au rayon, y est moins énergique à vitesse égale.