Affiches

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Affiches. On appelle ainsi des feuilles, soit écrites à la main, soit imprimées, qu’on placarde dans les lieux publics, sur les murs ou sur des poteaux destinés à cet usage. Elles attirent l’attention du passant, sont lues et commentées par lui, et constituent ainsi un moyen de publicité employé dans diverses circonstances.

Dans l’antiquité les affiches servaient à la publication des lois. Chez les Grecs, les lois s’inscrivaient sur des tablettes de bois qui tournaient sur un pivot, et que l’on appelait άξονες, ou κύρβεις, quand les lois qu’on inscrivait avaient la religion pour objet. Chez les Romains, les lois admises par les comices, les décrets du sénat, les ordonnances du préteur qui entrait en charge, étaient gravés, selon l’importance de la matière, sur l’airain, l’ivoire et le bois. Mais ces objets n’étaient pas seuls portés par les affiches à la connaissance du public : les ventes aux enchères, les livres nouveaux, les spectacles étaient annoncés de la même manière, et, sous ce rapport, les fouilles de Pompéi ont mis à découvert des exemples d’annonces extrêmement curieux. On livrait aussi, sur certaines colonnes, à la malignité publique des épigrammes et des écrits satiriques.

Les Romains apportèrent leurs usages dans les Gaules, et là, comme à Rome, les lois furent affichées. La coutume s’en perpétua, et nous la trouvons confirmée par un édit rendu par François 1er en 1539. Cependant il faut dire qu’elle avait subi une longue interruption au moyen âge, où la voix des crieurs et le sou de trompe remplacèrent les publications écrites et placardées.

Dans la Rome moderne, les statues de Pasquin et de Marforio héritèrent du rôle que jouaient du temps d’Horace les colonnes dont nous venons de parler. Les noms les plus, nobles, les puissances les plus élevées, les vices les plus redoutables, les ridicules les plus illustres comparaissaient tour à tour à ce pilori dressé par l’opinion. Là l’épigramme et la satire n’épargnaient personne ; là elles déployaient leur verve qui allait souvent jusqu’à l’injure, leur liberté presque toujours poussée jusqu’à la licence.

L’usage des proclamations, des épigrammes, des annonces écrites et collées aux murailles, soit ouvertement, soit secrètement, fut aussi connu en France, et fut employé surtout pendant les guerres de religion, à la fin du seizième siècle. Il en résulta de tels abus, que le parlement fut obligé de sévir, par un arrêt du 5 février 1652, contre les auteurs futurs d’un pareil désordre.

Au dix-septième siècle, les affiches commencèrent à devenir ce que nous les voyons aujourd’hui. Les représentations théâtrales, les annonces judiciaires, commerciales, littéraires, furent rendues publiques par des affiches ; et celles-ci se multiplièrent bientôt tellement, qu’il fallut en régulariser l’emploi : un arrêt du conseil (13 septembre 1722) fixa le nombre et les devoirs des colporteurs et afficheurs, et ce règlement fut plusieurs fois renouvelé.

Aujourd’hui, malgré les autres moyens de publicité, qui, Dieu merci, sont assez nombreux et assez puissants, l’usage des affiches a pris un développement considérable. La législation en ordonne l’impression et la publication dans des cas nombreux ; le code civil, le code de commerce, le code criminel s’en servent, chacun dans le cercle de leurs attributions. Les affiches servent encore à faire connaître les décrets, les décisions, les ordonnances des autorités. Elles servent à annoncer les découvertes faites par l’industrie, la fondation des nouveaux établissements de commerce, et à attirer les chalands par rémunération toujours exagérée, presque toujours menteuse, des avantages qu’ils trouveront à se porter aux endroits prônés par elles plutôt que partout ailleurs. Enfin, elles servent à faire connaître les spectacles joués chaque jour sur les théâtres, le titre, la longueur et la nature des pièces, les noms des auteurs et ceux des acteurs.

Les affiches sont soumises par la loi à certaines dispositions fiscales et particulières. Ainsi elles doivent être préalablement présentées au visa de la préfecture de police ; elles doivent être imprimées sur papier timbré, et ce papier doit être blanc s’il s’agit d’actes émanés de l’autorité, et de toute autre couleur quand ce sont les particuliers qui affichent. Le nombre des afficheurs est limité, et ils sont régis par des règlements sévères. Enfin les affiches de théâtre, destinées à faire foi, en cas de discussion, entre le directeur et le public, doivent être l’expression exacte et scrupuleusement fidèle de promesses qui seront tenues. Tout changement dans le programme officiel doit être annoncé sur l’affiche primitive par une bande de couleur différente, et si le changement arrive trop tard pour que cette formalité soit remplie, il donne droit à tout spectateur de se faire restituer le prix de sa place. L’ordre dans lequel sont placées les affiches des théâtres est déterminé par la hiérarchie de ces établissements, et la dimension même des affiches est limitée dans les cas ordinaires, au moins pour certains théâtres, dont les placards, d’autant plus grands naguère que le théâtre était plus petit, portaient ombrage aux entreprises rivales. Cette mesure est peut-être employée à tort, puisque rien n’empêchait les affiches, jalouses de leurs voisines, dé les égaler, de les surpasser en hauteur et en largeur. Mais il est certain que la dimension des affiches influe au moins sur une partie du public. Aussi, dans les cas de représentation extraordinaire, voit-on l’annonce du spectacle se déployer sur une étendue non moins extraordinaire, et le public d’y courir.

Depuis quelque temps, les affiches imprimées ont été en partie remplacées par un autre mode d’affichage. Beaucoup d’annonces industrielles et commerciales sont peintes sur le mur même, et par ce moyen, elles peu vent être beaucoup plus grandes, frappent de plus loin la vue, et, par leur durée plus Ion-, gue, épargnent des frais de renouvellement.