Aiguillette

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Aiguillette. L’aiguillette, marque distinctive que certains militaires portent sur l’épaule, est un nœud formé d’une ou de plusieurs ganses, dont les bouts se terminent par de petits tubes métalliques qui s’appellent ferrets et qui ressemblent à de grossières aiguilles.

Les aiguillettes n’ont pas toujours été un ornement d’uniforme. Il en existait avant même que les troupes eussent pris l’uniforme, et ce n’étaient alors que des cordons, des rubans, qui, employés à profusion dans tous les costumes, y faisaient l’office des boutons et des boutonnières d’aujourd’hui. Toutefois, outre qu’elles servaient à attacher les unes aux autres les différentes parties de l’habillement, elles servaient encore à soutenir les différentes pièces de l’armure.

Non-seulement les aiguillettes n’ont pas toujours été une parure militaire, mais on les voit, au temps de Louis IX, servir de note d’infamie. Étienne Pasquier dans ses Recherches de la France, livre VII, chapitre 33, mentionne une ordonnance par laquelle saint Louis enjoint aux filles de joie de porter une aiguillette sur l’épaule, afin qu’on puisse aisément les distinguer des femmes honnêtes. Comment l’aiguillette, vouée à un si vil usage, se releva-t-elle plus tard dans l’opinion publique, et, lorsqu’elle eut tout à fait disparu du costume ordinaire, comment trouva-t-elle un dernier asile sur l’épaule des braves ? Les opinions à cet égard ne sont pas moins controversées que s’il s’agissait de quelque important problème historique. Selon certains auteurs, un jour que le fameux duc d’Albe menaçait un corps de Flamands qu’il commandait en personne et qui avaient mal fait leur devoir, de punir désormais par la corde le moindre acte de lâcheté, ces soldats auraient déclaré à leur général que, pour lui prouver combien ils étaient sûrs de ne pas encourir ce châtiment, ils porteraient à l’avance une corde et un clou sur l’épaule, et telle serait l’origine de l’aiguillette. D’autres écrivains ont rapporté que les dragons de la milice autrichienne, dans le siècle de leur création, portaient la corde à fourrage à la place et à la manière dont on porte maintenant l’aiguillette sur l’habit. On a encore prétendu que l’aiguillette avait d’abord servi, non-seulement à lier le fourrage, mais à attacher les captifs, les malfaiteurs, les criminels. Pour notre compte, nous avouons en toute humilité, que nous ne voyons guère ce qu’un nœud coulant, une corde à lier du foin, ou une espèce de laisse, peut avoir de commun avec le nœud de passementerie qui se porte ou s’est porté comme décoration dans presque toutes les armées modernes. Était-il donc nécessaire d’aller si loin pour trouver si peu ? Ne doit-il pas suffire de rappeler que, quand s’introduisit la mode des écharpes militaires, on les retint sur l’armure au moyen d’une aiguillette de couleur distincte ? Cet usage de l’aiguillette était tellement établi, que dans les jugements de Dieu, si la peine de mort ou celle de la mutilation était prononcée, on coupait les aiguillettes aux vaincus pour disperser leurs armes sur le champ de bataille et flétrir ainsi ce qui avait appartenu aux condamnés. De même, un chevalier victorieux en champ clos pouvait couper l’aiguillette à son ennemi terrassé ; c’est-à-dire lui arracher ses couleurs, ses livrées, son écharpe, honte à laquelle la mort était préférable.

Lorsque les justaucorps remplacèrent les casaques et que les écharpes, furent supprimées, les corps réguliers prirent l’aiguillette pour signe de ralliement ; ils la portèrent à la livrée de leurs chefs, et ce fut pour la cavalerie comme pour l’infanterie une addition à l’uniforme qui était encore mal déterminé. Peu après l’adoption générale des armes à feu portatives, l’infanterie renonça à son aiguillette, qu’elle remplaça par la cocarde, mais la cavalerie conserva la sienne jusqu’au milieu du dernier siècle, et elle était de laine pour la troupe, d’or ou d’argent pour les officiers. Vers la fin du règne de Louis XV, la maréchaussée et quelques régiments de princes portaient seuls l’aiguillette. Sous le règne suivant, elle fut donnée aux cadets ; dans plusieurs villes, la garde nationale à cheval la prit de sa propre autorité, en 1789. En 1791, la gendarmerie, qui avait succédé à la maréchaussée, se vit enlever cet insigne, et ne le recouvra que vers 1798. La cavalerie de la garde du directoire, la cavalerie de la garde consulaire, la cavalerie de la garde impériale, et les officiers supérieurs de l’infanterie de cette même garde se l’attribuèrent ensuite tour à tour, et, de changements en changements, l’aiguillette en vint à être sous l’empire ce qu’elle a toujours été à peu près depuis, une natte de fil ou de coton pour les hommes, d’or ou d’argent pour les officiers, de fil et ie métal pour les sous-officiers, avec accompagnement de flocs, de trèfles, de ferrets et de coulants.

Sous la restauration, tout ce qui tenait à la maison du roi, toute la garde royale et tous les corps royaux à cheval portèrent l’aiguillette. Depuis 1830, elle est spécialement réservée aux officiers d’état-major, aux aides de camp et aux corps de la gendarmerie.

Beaucoup de nations, les Russes, par exemple, et les Anglais, se décorent de l’aiguillette, et les souverains eux-mêmes ne la dédaignent pas. Chez nous, elle ne figure, dans le costume civil, que sur la livrée, de quelques valets.